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Groupe d'étude floristique du Jura et du Jura bernois


        Le magazine

  Pinède de Pin d’Alep

par Eric Grossenbacher

Pin d'Alep
Préambule Le Pin d’Alep Pinus halepensis est lié au climat méditerranéen, soit chaleur et sécheresse en été, douceur en hiver. A Montpellier, par exemple, il tombe environ 119 mm d’eau durant les mois d’été (soit les 15% des précipitations annuelles) et 196 mm en hiver (25% des précipitations annuelles). C’est dans les régions de garrigue calcaire, en France, sur les collines en dessous de 800 m, qu’on le rencontre. L’aire de répartition du Pin d’Alep se trouve donc tout naturellement confinée dans les pays du pourtour méditerranéen, où il est spontané. Cette aire coïncide à s’y méprendre avec celle du Chêne vert Quercus ilex. La plaine languedocienne offre de magnifiques îlots de pinèdes très caractéristiques à Pin d’Alep. « Lorsque l’on rencontre le Pin d’Alep, l’Olivier, le Chêne vert et le Chêne Kermès, et spécialement quand on les trouve côte à côte, on peut être à peu près certain de se trouver dans une zone à climat typiquement méditerranéen. » (O. Polunin et A. Huxley, 1967)

Le Pin d’Alep Pinus halepensis
Pin de Jérusalem, Pin blanc

 • Arbre souvent tortueux, plus ou moins élevé ; peut atteindre 25 m de hauteur
 • Branchu dès la base à l’état jeune, plus ou moins en parasol à l’état adulte
 • Extrémité des rameaux partant vers le ciel, comme les flammèches d’un feu
 • Feuilles (aiguilles) d’un vert clair, molles et lisses, fines : 0,7 mm de diamètre, de 6 à 10 cm de long
 • Cônes ovoïdes pendants, aigus, d’un brun luisant, portés par un pédoncule épais constamment recourbé ; de 5 à 12 cm de long sur 4 de large, restant trois ans sur l’arbre
 • Graines de 7 mm, à aile 4 fois plus longue qu’elle (espèce anémochore)
 • Collines de faible altitude, garrigues calcaires, le plus souvent non loin de la mer
 • En France surtout en Provence, mais il est également répandu dans la plaine languedocienne
Pin d'Alep

Phytosociologie (d’après J. Braun-Blanquet, 1952)

 • Classe : Ononido-Rosmarinetea (garrigues sur terrains calcaires marneux)
 • Ordre : Rosmarinetalia (groupements surtout de l’étage méditerranéen inférieur)
 • Alliance : Rosmarino-Ericion (groupements de garrigues riches en arbustes et arbrisseaux, ne quittant pas l’étage inférieur méditerranéen)
 • Association : Rosmarino-Lithospermetum (Association du Grémil ligneux Lithospermum fruticosum et du Romarin officinal Rosmarinus officinalis)
 • sous-Association : Rosmarino-Lithospermetum pinetosum (sous-Association du Grémil ligneux et du Romarin officinal riche en Pin d’Alep)
A remarquer que Josias Braun-Blanquet, pour la région du Bas-Languedoc, entre Béziers et Nîmes, a décrit six sous-Associations du Rosmarino-Lithospermetum (espèces différentielles principales entre parenthèses) :
 • ericetosum (riche en Bruyère multiflore Erica multiflora)
 • linetosum (riche en Lin campanulé Linum campanulatum)
 • helianthemetosum (riche en Hélianthème d’Italie Helianthemum italicum)
 • pinetosum (riche en Pin d’Alep Pinus halepensis)
 • schoenetosum (riche en Choin noircissant Schoenus nigricans)
 • dolomiticum (sur la roche dolomitique riche en Pin de Salzmann)

C’est ici qu’interviennent les espèces différentielles en phytosociologie, c’est-à-dire des espèces qui, sans être des espèces caractéristiques d’une Association, servent à les différencier d’un groupement très voisin. Ainsi, Josias Braun-Blanquet cite les différentielles suivantes pour la sous-Association Rosmarino–Lithospermetum pinetosum : le Pin d’Alep Pinus halepensis en « maître et seigneur », mais encore la Salsepareille Smilax aspera, et la Garance voyageuse Rubia peregrina. Dit autrement, ce sont dans les pinèdes de Pin d’Alep qu’il faut aller pour rencontrer ces espèces citées. Ce sont des différentielles de sous-Associations. Pin d'Alep

Notre liste de plantes de la forêt de Pin d’Alep (1978 / 1979)

Espèces notées de St-Jean-de-Cuculles en direction des Matelles
(10 km au nord de Montpellier), 130 m d’altitude.
Botaniste : Benoît Garrone, Uni de Montpellier
Classification selon Josias Braun-Blanquet, 1952

Caractéristiques de l’Association (Rosmarino-Lithospermetum)

Lithodora fruticosa (= Lithospermum fruticosum)
Erica multiflora


Caractéristiques de l’Alliance (Rosmarino-Ericion)

Pinus halepensis (espèce dominante !), Rosmarinus officinalis*, Staehelina dubia, Coris monspeliensis, Globularia alypum



Caractéristiques de l’Ordre (Rosmarinetalia)

Fumana ericoides*, Lavandula latifolia, Avenula bromoides (= Avena bromoides), Leuzea conifera (= Centaurea conifera), Euphorbia nicaeensis, Leontodon hirtus (= Leontodon villarsii), Helianthemum oleandicum ssp. italicum (= Helianthemum italicum), Aphyllanthes monspeliensis, Globularia vulgaris (= G. linnaei), Potentilla verna, Catananche caerulea, Lotus corniculatus var. delortii, Linum tenuifolium*

Pin d'AlepPin d'Alep Caractéristiques de la Classe (Ononido-Rosmarinetea)

Carex humilis*, Asperula cynanchica*, Teucrium montanum*, Fumana procumbens* (= F. vulgaris)


Compagnes de haute présence

Thymus vulgaris*, Brachypodium retusum (= B. ramosum), Carex hallerana* (= C. gynobasis), Genista scorpius, Juniperus oxycedrus, Festuca duriuscula (= F. ovina ssp. ovina var. duriuscula), Teucrium polium, Quercus coccifera, Ononis minutissima, Helichrysum staechas, Argyrolobium dalmaticum (= A. linnaeanum = A. zanonii), Bupleurum rigidum Autres espèces rencontrées en 1979 Leuzea conifera, Campanula glomerata*, Cirsium acaule*, Quercus ilex* (4 m de hauteur), Quercus pubescens*, Buxus sempervirens*, Rhamnus saxatilis ssp. infectoria, Rhamnus alaternus, Pistacia lentiscus, Phillyrea angustifolia, Arbutus unedo, Rubia peregrina, Smilax aspera, Asparagus acutifolius, Lonicera implexa, Lonicera etrusca*, Cornus mas*, Seseli elatum, Hippocrepis comosa*, Bromus erectus*, Ophrys sp.

Quelques remarques

Pin d'Alep
  1. Il est évident que le Pin d’Alep donne l’allure caractéristique des forêts occupant les collines languedociennes (voir nos illustrations). Très résistant à la sécheresse, c’est l’espèce dominante de toutes les basses collines de Provence et du Languedoc.
  2. La liste de J. Braun-Blanquet (1952) compte plus de 60 espèces, la nôtre 57…
  3. Climat méditerranéen, disions-nous en guise de préambule. Parmi les quatre espèces citées, seul manque l’Olivier. Mais il n’est pas très loin, il suffit de sortir du bois de Pin d’Alep pour l’apercevoir aux alentours, en culture.
  4. Dix-sept espèces de notre cortège de plantes observées dans la pinède de Pin d’Alep arrivent en Suisse, dans les endroits les plus secs, celles indiquées par *.
  5. Le réchauffement de la planète favorisera, à n’en pas douter, l’arrivée d’éléments méditerranéens supplémentaires. A quand les drumlins du Plateau Suisse couverts de pinèdes de Pin d’Alep, en lieu et place du Hêtre Fagus sylvatica ? Ce n’est pas pour demain, soit, mais pour après-demain certainement si la moyenne annuelle des températures continue d’augmenter…
  6. « Les drumlins sont des collines allongées, de forme douce et régulière, de 5 à 20 m de hauteur. A cause de leur allure en forme de ban, ils forment des paysages typiques dans la région de Gruyères, entre autres, … », lisons-nous dans Géologie de la Suisse, de Toni Labhart et Danielle Decrouez, 1997.
  7. Dans le Midi de la France, la pinède de Pin d’Alep représente un stade de transition entre la forêt climax (stade d’équilibre), c’est-à-dire la forêt de Chêne vert Quercetum galloprovinciale = Quercetum ilicis, et la lande à Asphodèles Asphodelus cerasifer, stade de dégradation ultime. Dans la série évolutive progressive « c’est la forêt de Chêne vert qui traduit le plus fidèlement les conditions climatiques des pays méditerranéens » (Jos. Braun-Blanquet, 1952). Suivant l’activité humaine, ces différents stades de transitions sont réversibles (déforestation, pacage, cultures, ...).
  8. Le Pin d’Alep offre un couvert qui permet l’installation d’espèces arbustives du Quercetum cocciferae = Cocciferetum (garrigue à Chêne Kermès, brousse de 80 à 150 cm) et de la forêt de Chêne vert Quercetum ilicis (espèces en gras et soulignées)
  9. L’incendie est le pire ennemi du Pin d’Alep. Après avoir été la proie des flammes, les pinèdes reprennent vie grâce à la dissémination par le vent de milliards de graines de pins. Plusieurs années, voire des décennies, seront nécessaires à la reconstitution de la forêt de Pin d’Alep.
  10. Notre liste de plantes observées ne comporte pas de cotation d’abondance-dominance selon la méthode de Braun-Blanquet (voir pour plus de détails : « La forêt de Pin de Salzmann »). Il est aisé de constater qu’une cotation ajoute un éclairage beaucoup plus parlant quant au tapis végétal qu’une simple liste de noms de plantes.
  11. Nos lecteurs auront remarqué qu’il est souvent question du Grison Josias Braun-Blanquet dans nos textes. Comment pourrait-il en être autrement, lui qui a tant marqué la phytosociologie du XXe siècle ! Reportez-vous à « La forêt de Pin de Salzmann » pour en savoir plus sur ce botaniste hors du commun.
Pin d'Alep

Bibliographie sommaire

  1. Les groupements végétaux de la France méditerranéenne
    Josias Braun-Blanquet
    300 pages
    CNRS, 1952
  2. Guide du naturaliste dans le Midi de la France
    Tome I La mer, le littoral / 313 pages
    Tome II La garrigue, le maquis, les cultures / 400 pages
    H. Harrant et D. Jarry
    Ed. Delachaux & Niestlé, 1967-1973-1987-1991
  3. Fleurs du bassin méditerranéen
    O. Polunin et A. Huxley
    325 pages
    Ed. Fernand Nathan, 1967
  4. Toutes les fleurs de Méditerranée
    Les fleurs, les graminées, les arbres et arbustes
    Marjorie Blamey (illustrations en couleurs)
    Christopher Grey-Wilson (textes et dessins au trait)
    560 pages
    Ed. Delachaux & Niestlé, 1993
  5. Mittelmeer- und Kanarenflora
    Über 1600 Pflanzenarten
    Ingrid und Schönfelder
    304 pages
    Verlag Kosmos, 1994
  6. Carte ign Institut géographique national No 66 Avignon-Montpellier / 1 : 100'000
  7. Carte ign No 72 Béziers / Perpignan / 1 : 100'000 (pour la région de La Clape)

Remerciements

Benoît Garrone, Uni Montpellier ; H.-R. Pauli, Twann (Douanne) ; André Rossel, Tramelan

Eric Grossenbacher, La Neuveville, janvier 2010

© Groupe d'étude floristique du Jura et du Jura bernois 2010
Dernière mise à jour: 23 mars 2011
Auteurs du site: Philippe Juillerat et Marc Jeannerat